SI J'ETAIS A LA TETE DU SIHH

L’intérêt d’un blog réside dans sa qualité d’espace personnel, de liberté permettant d’apporter une opinion tout à fait subjective sans se prévaloir d’une impartialité à toute épreuve, de fournir éclairage différent d’un media classique souvent dépendant de ressources publicitaires directes ou indirectes réduisant la marge d’expression de journalistes selon la ligne directrice du journal online ou offline.

L’autre intérêt d’un blog, c’est qu’il permet à son rédacteur de se projeter dans ce qu’il n’est pas et de réfléchir à des problématiques qui ne sont pas celles auxquelles il se confronte quotidiennement. Voilà pourquoi j’ai décidé d’écrire cet article suite au dernier SIHH en me posant une seule et simple question: que ferais-je si, du jour au lendemain, je me retrouvais propulsé à la tête de l’organisation du SIHH? Bien évidement, ce billet ne tient pas compte de notions budgétaires, il énonce simplement des pistes de réflexion.

J’ai assisté à toutes les éditions du salon depuis 2008. Je fêtais donc cette année une décennie de participation active à cette fête horlogère côté Manufacture et j’ai désormais une perspective assez longue d’analyse. Si nous avons assisté à une modification très appréciable du périmètre des exposants avec l’arrivée récente d’horlogers indépendants et de petites marques dans le carré des horlogers (MB&F, HYT par exemple), la liste des exposants traditionnels et historiques restent quasi identique chaque année, ce qui est tout à fait normal, à quelques exceptions près (Girard-Perregaux ou Ulysse Nardin notamment).

L’agencement des Maisons est lui aussi identique année après année dans l’espace principal d’exposition. Ainsi (il s’agit ici d’un résumé et non de la liste exhaustive des participants), on découvre Montblanc et Baume & Mercier dans le couloir principal qui débouche sur les stands de Jaeger-LeCoultre et de Audemars Piguet. A gauche, Parmigiani, Roger Dubuis, Lange & Sohne, plus loin Piaget, Vacheron Constantin et IWC. Le visiteur partant sur la droite découvrira Van Cleef & Arpels, Panerai puis Cartier.

Cette succession semble figée. Or, rien n’est immuable et il serait intéressant de la changer. Pas de manière annuelle non car les synergies d’utilisation des stands en deviendraient caduques mais au moins une fois par décennie ou tous les 5 ans. Il s’agit avant tout de créer un nouveau dynamisme au sein du salon, de changer les habitudes et de créer une nouveauté de forme. Autrement dit : perdre ses repères pour en gagner de nouveaux. Cette mesure est symbolique certes mais elle me semble nécessaire dans un contexte de profonde mutation du marché horloger. Cette mutation n’est pas que conjoncturelle, elle relève, selon moi, d’un aspect plus vaste car elle porte sur la définition du luxe en lui-même (autrement dit : qu’est-ce que le luxe) et des attentes des consommateurs (quelle expérience du luxe ai-je envie de vivre pour quel achat?). Les clients, notamment ceux des marchés asiatiques, ont évolué plus vite que les approches de certaines Maisons, tant sur l’offre que sur la promesse d’achat, l’univers, l’expérience et la communication. Un changement de floor plan montrerait que les Maisons exposantes évoluent aussi. Nous sommes dans le cadre du symbole certes mais le symbole n’est-il pas l’un des éléments majeurs du luxe?