LE SIHH EST UNE FETE

J’ai commencé à vous livrer mes réflexions sur les mutations à apporter au SIHH pour le rendre encore plus efficace. Je me suis d’abord concentré sur l’intérieur du salon (je vous invite à lire les deux billets précédents avant la lecture de celui-ci), passons désormais à l’extérieur du salon.

Il serait très naif de penser que le SIHH n’est qu’un lieu de découverte de nouveautés horlogères, de présentation presse et de prise de commande détaillants. Certes, il s’agit là de la vocation première du salon mais il va bien au delà. Il est une fête, horlogère bien sûr, mais une vraie fête. Cette vérité s’applique aussi à Basel World. On a tendance à dire dans le microcosme horloger que Bâle est plutôt saucisse de veau et bière quand Genève est plutôt petits fours et champagne. Si le menu change un peu (bien sûr, le propos est exagéré), le fond lui change très peu : On célèbre l’horlogerie dans les deux cas, on revoit les personnes sur les stands, dans les couloirs, en dehors des couloirs dans les lobbys d’hôtels, les restaurants, les soirées des Maisons ou des magazines.

Il me semble pertinent de donner un aspect encore plus festif au SIHH que celui qu’il a actuellement. Je ne me fais pas ici le chantre nostalgique du Boat, bateau privatisé qui abrité les soirées du salon tout en étant un gouffre financier. Je pars du constat que beaucoup de business se fait en dehors du salon. Hors, en dehors du salon, plus de maitrise: chacun (journaliste, blogger, détaillant, VIP) peut organiser ses rendez-vous comme bon lui semble, en fonction de ses intérêt, de son réseau et de ses affinités. C’est normal. LVMH l’a bien compris: sa communication est d’ailleurs d’un flou aussi volontaire que redoutable. Le Groupe ne nomme jamais le SIHH préférant parler de Salon de Genève, ce qui n’est donc pas le SIHH mais laisse à penser que ses Maisons y sont, manière d’attirer vers soi le prestige de l’évènement. Je vous suggère de lire à ce propos cette newsletter : TAG Heuer, Zenith et Hublot pour la première fois rassemblés au Salon de Genève. Si LVMH n’est pas au SIHH, le Groupe n’est pas loin. Il prend ses quartiers sur les bords du lac dans les hotels et dans un bateau…

The boat is back, repris par le Groupe concurrent direct à Richemont. On ne peut attaque plus claire. Elle est franche, directe, puissante. Richemont doit de réagir. Je suggère ainsi de rendre le SIHH plus festif. Pourquoi ne pas ouvrir un lieu éphémère pendant 4 jours qui accueillerait les participants chaque soir? L’entrée se ferait uniquement sur présentation des badges presse, exposants, clients, VIP, organisateurs. Plus d’open bar, des consommations payantes. Un lieu pour se réunir, poursuivre les discussions, faire la fête et montrer la puissance de Richemont, de ses Maisons, de la FHH. Je sais déjà quels vins pourraient être servis. Pourquoi ne pas s’associer à une Maison Champenoise ou un acteur majeur du monde des vins et spiritueux pour évenementialiser un espace? Cela se fait dans le business de la haute couture. Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas dans le monde de la haute horlogerie?

Vous pouvez me rétorquer à juste titre que Genève est une ville à la tradition protestante séculaire quand Paris est fait de faste et de paillette. Oui, c’est vrai mais les temps changent. Le luxe n’est-il pas là pour faire bouger certaines conventions qui, de toute façon, bougent sous l’influence de ses clients? La mode joue parfois l’impertinence et c’est pour cela qu’on l’aime. L’horlogerie est son pendant classique mais son classicisme est aussi une de ses limites les plus importantes. Elle ne doit pas devenir une excuse à l’inaction. L’évolution structurelle que traverse le marché actuellement (j’emploie volontairement le terme évolution structurelle et non crise) nous le rappelle sans cesse : les clients changent, notamment en Asie. Ils vont vieillir pour une certaine tranche et seront plus jeunes pour une autre partie. Cette clientèle plus jeune à de nouvelles attentes, de nouvelles valeurs. Je vous conseille à cet effet un article de Luxury Society sur les consommateurs de luxe « post Luxury ». Changeons avec eux et, tant qu’à faire, faisons de ce changement une fête.

Autre avantage, et non des moindres, dans une guerre commerciale intense entre groupe : En maximisant le temps des invités presse, détaillants et VIP avec les Maisons du groupe Richemont, on minimise le temps avec les autres. Pourquoi aller sur le boat quand il n’est pas the place to be? The place, the boat… considérons cette conclusion comme une mise en perspective historique du caractère festif du SIHH et gageons que celui-ci va revivre de plus belle bientôt.