Black Swan, le chant d'un cygne schizophrène

Black Swan ou Le Discours d’un Roi? Dilemme profondément d’actualité, conséquence probable de la récente soirée des oscars. Il fallait donc choisir entre Colin Firth et Natalie Portman, entre une charmante élégance et une beauté juvénile, aussi intrigante que captivante.

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Le Black Swan contre le White Swan, autrement dit le Cygne Noir contre le Cygne Blanc est avant tout l’histoire d’une dichotomie. Tout s’y rapporte : L’allégorie des couleurs bien sûr, les personnages encore, cette confrontation entre un réel fait de frustration et un imaginaire triomphant, cette mise en parallèle entre le présent (là où je suis) et le futur (là où je serai), entre l’état de fait et l’aspiration.

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L’utilisation de la dichotomie est une ficelle narrative connue, séculaire, vue, revue, usée, simple mais toujours aussi efficace. Les grandes fresques que sont « La Guerre des Etoiles » et « Le Seigneur des anneaux » ne sont rien d’autre qu’une dichotomie entre le Bien et le Mal, certes poussée à son extrême. L’image d’épinal du chevalier sauveur monté sur un fidèle et courageux destrier blanc n’est ainsi jamais très loin. Par ailleurs, le Bien se doit presque toujours de l’emporter car ces œuvres sont toujours empreints d’une morale qu’une autre fin ne pourrait justifier.

2011-03-Black-Swan-5.jpg La lutte séculaire entre le bien et le mal, fil conducteur de tous les films "Star war", illustrée ici de manière on ne peut plus simple par l'utilisation des couleurs.

L’intelligence de Black Swan tient dans l’interprétation de cette dichotomie entre le bien et le mal. Aucun des personnages n’est totalement bon ou mauvais, peu importe la place ou plutôt l’étiquette qu’on lui attribue au début du film lorsque les caractères se dévoilent. Bien sûr, un « Bon » possédant sa part de noirceur n’est pas nouveau (« Quantum of Solace » est un bon exemple avec un James Bond d’une rare et sombre violence ou colère), mais souvent, le personnage tourmenté est mis en lumière par des personnages au caractère presque simpliste (Le méchant sera toujours vraiment et seulement méchant, l’allié du bon sera lui-même bon et seulement bon).

2011-03-Black-Swan-7.jpg Mathieu Amalric interprétant Dominic Greene, ennemi de James Bond dans Quantum of Solace (en 2008). Froid, sans coeur, ni remord, il met en évidence les doutes, les tourments et peut-être la turpitude de Daniel Craig.

Black Swan plonge ainsi dans les personnages oscillants toujours entre le bien et le mal, le lumineux et l’obscure. Personne n’y échappe : Nina (Nathalie Portman) rêvant de perfection dans une sorte de quête maladive, Lily (Mila Kunis) seconde semblant prête à tout pour obtenir le rôle principal du balet, Thomas Leroy (Vincent Cassel), figure ambiguë du père, du professeur, de l’amant, la mère de Nina (Barbara Hershey) dont l’amour pour sa fille est une obsession destructrice ou Beth (Winona Ryder), star déchue et désenchantée, remplacée par Nina dans le rôle principal du Lac des Cygnes.

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C’est cette galerie de personnage qui est fascinante. Aucun n’est vraiment bon ou mauvais. Tout cela oscille dans une vraie tension psychologique. Bien sûr, il faudrait que Nina soit le symbole absolu de pureté. Mais ce n’est pas le cas. Son aspiration pour la perfection est doublée d’une autodestruction à la fois du corps et de l’esprit. Et c’est ce plongeon dans la schizophrénie du personnage qui fascine et fait peur.

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Spontanément, Black Swan réveille à mon souvenir un fameux oxymore « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Le Cid de Corneille, acte IV, scène 3) sans pour autant que je parvienne à savoir si la performance de Nina (Je parle ici de la performance de Nathalie Portman en tant qu’actrice mais aussi de la performance scénique à laquelle son personnage aspire) tient plus de l’obscure clarté ou d’une lumineuse noirceur.

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Pour renforcer cette sensation, le réalisateur joue sur une sorte d’emphase : la répétition des décors, la marche quasi somnambulique de Nina dans les rues ou le métro, reléguant ainsi ces décors à ce qu’ils sont, c’est-à-dire des passages sans importance, gommés de la vie de la danseuse pour leur absence

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Black Swan est avant tout l’histoire d’une schizophrénie maladive, oscillant entre le bien et le mal. Celle-ci est terrifiante, parfaitement interprétée, à un point que certains des effets spéciaux sont purement inutiles (les frissons du corps de Nina, certaines de ces visions ou certains de ses cauchemars) car la vraie noirceur consiste peut-être moins à la montrer qu’à tenter de l’appréhender sans jamais y arriver vraiment…